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lundi 4 mai 2009

La 2CV verte


Trois précédents billets ont évoqué mes voyages d'étudiant dans les années 1962-64. Ils eurent lieu avec ma 2CV, comme je l'ai dit. Durant près de 3 ans, j'ai dépassé les 110 000 kilomètres au compteur car outre ces voyages, je faisais beaucoup d'aller-retours entre Saint Etienne et Lyon. Je connaissais la route par coeur. Il n'y avait pas d'autoroute alors, c'était quand même pied au plancher. Mais la vitesse de pointe n'excédait pas 90 km/h...


Je l'ai vendue à la fin de mon service militaire, et pour en faciliter la vente, j'avais reculé les numéros du compteur vers les 80 à 90 000 kilomètres. Mais en définitive, c'est mon ami Michel qui me l'a achetée au moment de partir en Kabylie comme coopérant pour son service militaire.

Michel me rappelait récemment qu'avant de la vendre sur place en juillet 67, il avait arpenté toute l'Algérie, et il était descendu me voir à Noël 1966 à Hassi-Messaoud. C'est la dernière fois que j'ai vu la 2CV verte, pour un Noël passé avec Michel, Claude et Jean-Paul, ainsi que leurs compagnes. Je n'étais pas encore marié, et j'avais invité pour ces vacances de Noël celle qui n'était alors, pour ma hiérarchie, que ma "cousine".

Cette 2CV verte se balade-t'elle encore dans les collines de Kabylie ?

mardi 28 avril 2009

SaintE-Marbella en 40 heures, Pâques 1964

Pâques 1964 (ou 63 peut-être), qu'allons-nous faire pour les 2 semaines de vacances à venir se demandait-on rue Francis Baulier, à la Maison des Elèves de l'Ecole des Mines de St Etienne ? Pourquoi pas Marbella dans le sud de l'Espagne ? Aussitôt dit, aussitôt organisé, appartement retenu je ne me rappelle pas comment. On y allait à 4 copains dont Jean-Pierre, Jean-Marie (et sa 4CV) et Michel, auquels se joignaient ma soeur Michèle et Geneviève, la cousine de Jean-Pierre.


Sur Google Maps, cela fait 1709 kilomètres, et 15 heures 44 de voiture. Toutefois, à cette époque, il n'y avait pas 1 seul kilomètre d'autoroute sur toute la côte espagnole, et la route y était tortueuse et mal entretenue.

Mais nous n'avions peur de rien, et nous nous sommes dits que le mieux était de faire le voyage d'une traite en se relayant au volant. Cela nous pris 40 heures !
Jean-Pierre à qui j'évoquais ce voyage récemment m'a rappelé cette anecdote : "J'étais devant et regardais la carte et les panneaux de signalisation pour te guider. Dans la lueur des phares, je me souviens que je voyais les panneaux indiquant "Obras", je cherchais en vain sur la carte où cela se trouvait. Quelques nids de poule plus loin, encore des "Obras" et on ne semblait pas se rapprocher !..."

Mais nous sommes arrivés sans encombres, ma 2CV et la 4CV de Jean-Marie. Au bout de 40 heures, c'était un peu dingue.

Pas beaucoup de souvenirs : plage, visite de Malaga, bistrots, musique andalouse, vaguement. J'avais un faible pour Geneviève, et ses beaux yeux gris... Mais ces derniers se portaient plus volontiers sur Michel qui, avec sa pipe et sa belle écharpe, jouait les hidalgos romantiques - transalpins, dans son cas. Et à côté de lui, mon allure de séminariste ne faisait pas le poids...

J'ai aussi le souvenir d'une Azucena qui avait "retenu l'attention" de Jean-Marie ; "Fleur de Lys", prénom de la demoiselle, nous faisait beaucoup rire.

Puisque nous étions stupides au point d'aligner 40 heures de conduite de suite, nous décidâmes logiquement que le fin du fin consistait à aller observer le lever du soleil à Ronda, ville tauromachique dans la montagne au-dessus de Marbella. Et donc on veille jusqu'à 3 heures du matin avant de partir en voiture pour 60 kilomètres d'une petite route de montagne. On traînasse un peu dans une ville endormie en attendant. Et à près de 800 mètres d'altitude, dans la froidure d'avril, on a effectivement vu le soleil se lever. Et nous sommes redescendus. Nous coucher !

PS (PS = Post Scriptum, pour JP)
Déjà un message de Jean-Pierre qui vient compléter ma mémoire :
" - on aurait dû partir avec (outre ta 2 CV) la 203 de Michel. Comme celui-ci n'avait pas de quoi payer son garagiste (marron) ou que le garagiste (marron) n'arrivait pas à voler les pièces de rechange nécessaires, on a été bien contents de prendre la 4 CV d'Antonin,
- bien que ça soit très au Sud, l'eau était (à mon goût) trop froide pour se baigner (c'était quand même au premier trimestre 1964),
- on est allés deux ou trois fois à Torremolinos (à moins que ce ne soit Fuengirola - nom imprononçable pour des gosiers normalement constitués) où le patron d'une boîte de nuit déserte nous faisait entrer gratuitement et nous offrait les consommations pour attirer un public défaillant,
- on avait un jour invité, dans notre superbe appartement, deux ou trois anglaises qui passaient par là à prendre l'apéritif (à l'époque, je m'étais mis au Martini blanc, histoire de changer du Viandox). Comme j'avais amené quelques disques de blues et mon superbe électrophone Teppaz (modèle 47 amélioré 58), elles avaient pris des airs offusqués en écoutant les paroles soit-disant osées (si je me souviens bien, c'était "If you see Kay" de Memphis Slim ou, peut être, "Got my mojo working" de Muddy Waters)
"


lundi 20 avril 2009

Biggles et le Prince Eric

Aux alentours de mes dix ans, j'ai découvert les romans du Captain W.-E. Johns. Leur héros était le dénommé Biggles (plus précisément Bigglesworth), un aviateur que l'on retrouvait aux 4 coins du monde. Eternellement jeune depuis la guerre de 1914-18 (17 ans à son engagement dans la Royal Air Force) jusqu'après celle de 39-45 (25 ans en Corée !), ce fut le premier héros de ma jeunesse.
Ce n'était pas de la grande littérature, et mon père me fustigeait de les lire les uns après les autres. Il faut dire que j'ai dû en lire plus d'une vingtaine ! J'expliquais que c'était instructif car on y parlait de divers pays, et mon goût des voyages y a probablement trouvé sa source.
Plus tard, étant entré dans les scouts, mes lectures sont passées par la case "Prince Eric". Il s'agit de la série de 5 (ou 6) livres de la collection "Signes de piste" très en vogue à ce moment-là dans le milieu du scoutisme. Les valeurs d'honneur, de camaraderie, de chevalerie, de courage y étaient exaltées dans des histoires au romantisme exacerbé. Du Grand Meaulnes pour de vrais mecs... Du Harry Potter de l'époque avec du mystère plus wagnérien !
Il faut dire que par la suite il a été suggéré que cette littérature recélait un fond politique marqué par le lyrisme d'outre-Rhin à une époque où les grands messes hitlériennes pouvaient fasciner certains en France. On a même parlé du côté équivoque de l'évocation et l'illustration de ces beaux garçons en culottes courtes...
 


Et après, ce fut le Bibliothèque Verte.

dimanche 29 mars 2009

La Yougo en 2CV, été 1962

Je laisse dans ce billet la place à mon ami Michel pour évoquer notre voyage en Yougoslavie à quatre en 2CV :
"Cette année 62, nous avions, toujours dans cette belle limousine verte, sillonné la Yougoslavie, nous : Jean-Claude, Jean-Paul, Claude et Michel. Ce pays était dirigé par Tito, qui avait réussi à unifier toutes ces ethnies, religions et économies. Nous faisions du camping sauvage. Le soir avant la tombée de la nuit, nous repérions un site, caché et protégé, où nous installions notre tente une fois le noir de la nuit venu.


Quelques rencontres marquantes ; ces jeunes joueurs d’échec, sur les hauteurs de Ljubljana, je crois, qui nous avaient bluffés par leur sérieux, surtout celui à lunettes, « le professeur », qui jouait très vite.
Quelque part en Serbie, notre irruption le soir, au milieu de jeunes campant dans la forêt et dansant autour d’un feu, une belle serbe m’avait entraîné dans sa danse et mes copains (pas tant que ça) avaient interrompu brutalement ce flirt naissant.

Puis notre découverte de Banja Luka, en Bosnie. Une petite bourgade près d’une rivière, non loin du site de Jajce et ses chutes fantastiques. Nous avions rencontré un jeune musulman, une force
de la nature, chef des jeunes du village, qui nous avait pris sous sa protection. Et en quelques jours, il nous a fait participer à sa vie, promenades avec ses copines, bain près de la retenue d’eau, avec un fort courant, il ne fallait pas rater son plongeon et se raccrocher à la digue avant les rapides. Un soir nous avons vidé des verres de slibovitza, pour le départ à l’armée d’un copain de notre mentor, et de retour au camping, la 2 CV a brutalement stoppé, les deux roues avant dans un fossé, et nous avons dormi là, en remettant au lendemain le dégagement de notre carrosse.

Je dois dire que ce voyage en Yougoslavie avait été paisible, que les populations rencontrées nous semblaient vivre pacifiquement entre elles et rien ne laissait présager les chaos des années 90, mais sans doute étions-nous naïfs

La conclusion du voyage, à Trieste, dans une petite maison, invités par des jeunes italiennes de Milan, rencontrées sur la côte croate. Seuls, nous avons joué au bridge, chaque bon coup était ponctué par une lampée de slivovitsa, et Michel s’est effondré après des annonces farfelues et un trop plein d’alcool, je crois me souvenir que Jean-Claude tenait des propos incohérents."


Puisque Michel fait allusion à ses émois amoureux dans les Balkans, je me permettrai donc d'évoquer le doux souvenir de quelques heures passées en compagnie d'une jeune anglaise qui se prénommait Ann, si je me souviens bien.
C'était sur un bateau qui nous ramenait, Claude et moi (émoi ?), des Bouches de Kotor vers Dubrovnik. Nous étions allés à Kotor avec la 2CV le matin pendant que Michel et Jean-Paul nous y rejoignaient sur le bateau, et nous avions permuté pour le retour.
Retour donc en fin d'après-midi, et rencontre de cette Ann légèrement malade d'une houle soutenue. Je me rapproche pour la réconforter et, coucher de soleil sur l'Adriatique aidant, elle me laissa comprendre qu'elle appréciait ma sollicitude. De retour à Dubrovnik, on se quitte en échangeant nos adresses. 2 ou 3 lettres par la suite quand même, j'en avais encore une dans une boîte à chaussures quelque part, il faudra que je la retrouve. Un meilleur souvenir que la cuite à la slivovitsa évoquée plus haut par Michel...

mardi 24 mars 2009

Jules et Jim au Galdhoppigen

C'était en été 1962 1963, Michel et étions partis en 2CV vers le Nord : Allemagne, Danemark, Suède puis Norvège.
C'est ce dernier pays qui nous avait particulièrement plu, les paysages et les gens plutôt que les "smorgasbrod", ces sandwichs au pain de mie auxquels se résumait, pour nous, la gastronomie locale.Il faut dire que notre budget était serré, et donc nous dormions dans la 2CV. Pour ce faire, le soir, nous démontions le siège de devant et le posions sur celui à l'arrière. La tête sous le volant, les pieds sous ce siège arrière, c'était presque confortable !
Les paysages d'abord : ces fjords impressionnants, cette côte découpée et la baie de Bergen. Entrés par le Nord du pays, nous nous sommes retrouvés dans le massif du Galdhoppigen, sommet le plus haut de la Norvège, où nous avons passés quelques jours de balades en montagne.

Les gens ensuite : un peuple de rudes marins ou agriculteurs, on n'avait pas encore trouvé du pétrole. Des gens sympathiques et accueillants, au milieu desquels émerge la bonne bouille de celle dont Michel et moi tombâmes immédiatement amoureux ! C'est dans le restaurant de ce refuge d'altitude du Galdhoppigen que nous fîmes sa connaissance. Assise avec une copine à nos côtés, nous les vîmes boire une bouteille de Martini pendant leur repas. Et nous ne pûmes nous empêcher de leur faire remarquer qu'en France, c'est plutôt du vin que l'on buvait en mangeant ! Elles étaient un peu "pompettes", la conversation se prolongea assez tard dans notre anglais approximatif et le leur altéré par le Martini. L'amitié franco-norvégienne atteignait des sommets.
Le lendemain, notre intérêt pour notre conquête n'avait pas décru mais nos chemins devaient se séparer. Non sans qu'elle nous donne rendez-vous à Oslo où, nous disait-elle, elle pourrait nous héberger et nous faire visiter la ville.
Et c'est ainsi que nous la regardâmes partir dans son anorak rouge qui se faisait de plus en plus petit sur le chemin qui l'emmenait loin de nous...


Nous continuâmes notre voyage, et c'est impatients que nous arrivâmes à Oslo chez elle pour deux journées en amoureux. Promenades, visites, monuments, nous faisions Michel et moi assauts de gentillesse et de remerciements pour les bons moments que nous passions avec elle. A trois... Comme de bien entendu, nos efforts pour s'attirer ses grâces s'annulèrent et au bout de ces deux journées, nous la quittâmes sans qu'aucun de nous n'ait marqué de points sur l'autre. Mais cela fit un magnifique souvenir. Michel avait gardé les photos de ce souvenir commun. Un peu de Photoshop pour les améliorer. Et une petite larme versée en souvenir.

Mise à jour.

Mon ami Michel/Jules me fait parvenir un addendum à ce billet que je me fais un plaisir de reprendre ci-dessous, sachant qu'il ajoute nombre d'autres souvenirs communs qui feront l'objet de deux autres billets sous peu.
"Dans son dernier blog, où Jean-Claude devient Jim et Michel Jules, ou l’inverse, il nous raconte notre rencontre avec cette norvégienne, dont hélas nous avons tous deux oublié le nom, malgré son souvenir qui reste dans nos cœurs.
Pour moi, et pour continuer avec des références cinématographiques, sa bonne «bouille» m’avait fait surtout penser aux héroïnes nordiques des films de Bergman . Jim a oublié plusieurs détails importants, d’abord nous sommes arrivés dans ce refuge sous la pluie, et par un chemin de terre, qui s’est effondré derrière nous, nous bloquant pour deux jours dans ce refuge. Et nous avons fait la connaissance de notre belle norvégienne, qui elle était bloquée par une cheville défaillante, et c’est en boitillant qu’elle a disparu dans la montagne après cette soirée passée à discuter et à rire. Incidemment c’est en allemand que nous nous comprenions, car ni Jules, ni Jim n’avaient à cette époque la maîtrise de l’anglais. D’ailleurs détail important, à Oslo notre belle norvégienne nous a reçus chez ses grands-parents qui ont refusé de comprendre notre allemand, reste de souvenirs désagréables de la guerre.
Lors de ce séjour forcé dans ce refuge, nous avons aussi rencontré un jeune danois qui nous a reçus à Copenhague dans sa famille, étonnante. Un père écrivain, une mère peintre, qui avec leurs enfants avaient vécu quelques années seuls et en autarcie sur une petite île déserte de Norvège, et, surtout, cette soirée dans un club de jazz, à écouter Buddy Taste, Bud Powell et Sarah Vaughan.
Enfin, pour revenir au début du billet de Jean-Claude, notre voyage en Scandinavie a eu lieu en 1963, et non en 1962.
"
Comme quoi à près de 50 ans de distance les souvenirs varient et se consolident. Pas de souvenirs de ce jeune danois, mais à Copenhague, c'est au Tivoli que nous assistâmes à un concert de Sarah Vaughn. Et si nous sommes allés dans un club de jazz, c'est pour entendre Dexter Gordon plutôt que Buddy Tate. Mais s'il est vrai qu'il y avait ce soir-là Bud Powell, j'ai honte de l'avoir oublié...

dimanche 1 mars 2009

Souvenirs d'enseignant

De Montréal à Genève, le changement fut brutal dans ma relation avec les étudiants.

A l'Ecole des HEC de Montréal, j'étais facilement accosté par un étudiant me demandant " Dis, Jean-Claude, tu pourrais m'expliquer...".
Alors qu'à l'Université de Genève, le même étudiant frappait discrètement à la porte de mon bureau pour me dire : "Bonjour Monsieur le Professeur, pourrais-je prendre un rendez-vous avec vous pour...".

A Genève, j'avais un cours de 1ère année avec près de 450 étudiants, une expérience que certains essaient d'éviter, mais que l'on ne regrette pas d'avoir vécue. Dans mon cas, une douzaine d'années. Le souvenir des lundis matin avec les étudiants tout en haut de l'amphi lisant les résultats de ski ou du Servette dans "La Tribune" ou "La Suisse", les journaux locaux.
Avec un tel nombre d'élèves, on ne voit correctement que les 5 ou 6 premières rangées, et gare à l'enseignant qui perd les pédales devant une telle assemblée. Ce qui fut près de m'arriver un jour où je remarquai vers le 5ème rang bien en face de moi un garçon qui, très discrètement, parlait à sa voisine. Le bavardage n'est évidemment pas inhabituel, sauf que je réalisais tout d'un coup qu'il reprenait pour elle tout ce que j'étais en train de raconter. Un doute m'effleura : étais-je à ce point fumeux qu'il était obligé de retranscrire pour sa copine en langage compréhensible ce que je disais ?... Mais je puis poursuivre tout de même. Et en sortant du cours, je me suis rassuré en me disant que la fille venait probablement du Tessin et qu'il s'agissait d'une traduction en italien de mes paroles. Sans trop y croire...

Et quand il fallait corriger plusieurs centaines de copies, ce n'était pas amusant non plus. Je ne suis pas peu fier à cet égard d'avoir repéré une année parmi toutes ces copies deux qui étaient identiques - même écriture - à la couleur du stylo près. Le copieur, de mêche avec son complice, avait récupéré dans le brouhaha de fin d'examen la copie rédigée par ce dernier et l'avait rendue comme la sienne. Comme une partie de l'examen était un QCM sur une feuille séparée, j'ai pu repérer le tricheur par son QCM médiocre. J'ai voulu le contacter pour qu'il se dénonce et que la sanction extrême ne porte que sur lui. Il était déjà parti en vacances aux Etats-Unis, sa soeur n'a pu l'atteindre. Et l'étudiant "honnête" n'a pas voulu dire qu'il avait effectivement écrit la copie à la place de son "copain". Et donc, dans l'impossibilité de les départager, ils ont tous les deux été exclus pour une année de l'Université. La soeur du tricheur m'avait d'ailleurs dit que ce dernier avait obtenu tous les diplômes de sa scolarité de cette façon, et qu'il n'était pas anormal qu'il finisse par se faire prendre.
J'ai revu par la suite l'étudiant honnête (j'enlève les guillemets !) dans les couloirs de l'Université où il était revenu. Il a balayé mes regrets en me disant qu'il avait passé l'année précédente à l'Université de Lausanne, qu'il ne le regrettait et que cela lui avait appris des choses sur l'"amitié" (il mettait les guillemets !) qui lui serviraient dans sa vie. La classe...

J'ai terminé ma carrière à l'INT. Si je devais garder un seul souvenir d'étudiants, ce serait celui de deux jolies jumelles qui se ressemblaient au point d'avoir eu le même parcours scolaire les amenant dans cette même école de management. Elles étaient brillantes, et continuaient à récolter des notes pratiquement identiques ! Pourtant, chez moi, l'une obtint 19 tant que sa soeur n'eut qu'un 15. Comme je les rencontrais à quelque temps de là, et que je plaisantais sur cette différence, l'une d'elle me demanda : "Est-ce que c'est vous qui faites le cours de deuxième année ?". Et comme je lui répondais que non, elle me dit dans un soupir "Dommage...".

mardi 10 février 2009

La Françafrique et moi

Les récentes révélations sur les activités très lucratives de Bernard Kouchner en Afrique m'ont rappelé mes propres exploits en la matière. Dont je suis un peu moins fier que lui, tout en en ayant tiré un profit dérisoire. Je vais vous expliquer pourquoi.

C'était au début des années '80, j'étais Professeur à l'Université à Genève et je travaillais alors sur les logiciels de planification financière, sur Apple II puis IBM PC à l'époque. La préhistoire donc, mais à ce moment-là, j'étais un précurseur. Toujours est-il que je fus sollicité par une société genevoise pour faire une mission dans un pays africain ; il s'agissait de former du personnel apte à exploiter des modèles financiers utiles dans la gestion du pays en question. Je rencontrai un haut fonctionnaire de ce pays à Genève pour mettre au point cette mission. Une semaine de travail était prévue, mes honoraires de quelques milliers de francs suisses étaient raisonnables compte tenu du fait que je profitais du voyage pour emmener mon épouse et visiter un peu en chemin. Tous frais payés.

Sur place, le séjour fut parfait : excellent hôtel, bons restaurants, des gens de bonne compagnie, etc. Côté travail, j'eu à former deux jeunes filles, gentilles mais pas vraiment brillantes ni passionnées. Au point que je me demandais vraiment à quoi pouvait bien servir mes prestations...
Ce n'est qu'une quinzaine d'années plus tard que j'ai réalisé que j'avais été le dindon de la farce. Farce agréable certes, mais farce quand même.

Car le journal Le Monde fit paraître un article parlant du haut fonctionnaire africain auquel j'avais eu à faire : il était présenté comme le porte serviette du Président de l'époque de ce pays et s'occupant principalement, était-il dit, de gérer sur le sol suisse les avoirs de son Président. De là à penser qu'il gérait ce faisant les contrats dont les rétro-commissions alimentaient ces avoirs, il y avait un pas qu'il m'avait fallu 15 ans pour franchir ! Je réalisais tout d'un coup que pour 1000 francs suisses versés à un consultant, ce sont 100 ou 1000 fois plus qui étaient facturés au pays hôte... Avec retour à l'envoyeur, et à quelques intermédiaires. Je n'étais dans cette histoire que la face respectable de l'opération !

Comme quoi un petit scandale peut en cacher un plus gros. Bernard Debré a déclaré être allé plusieurs fois opérer avec son équipe dans ces pays d'Afrique. Gratuitement. Bernard Kouchner, lui, a touché près de 300 000 euros pour ses conseils. Quelles en furent les véritables retombées ? Et combien ont-ils été facturés par les sociétés dont il dit qu'il ne connaissait pas les dirigeants ? Dirigeants dont les noms figurent juste au-dessus du sien sur cette photo publiée par Arrêt sur images ?

lundi 19 janvier 2009

Bestiaire d'antan (2)

[Suite du billet précédent]

La Sauterelle. Ou plutôt le criquet pélerin. Celui que l'on voyait parfois dans la Marrakech de mon enfance. Le souvenir de nuages de criquets tourbillonnants puis leur plongée sur un arbre ou un jardin. Celui de la rue en face de notre maison, gluante de tous les insectes écrasés. On en entend moins parler aujourd'hui, est-ce la montée de la sécheresse au Sahel, ou bien contrôle-t-on mieux l'éclosion périodique des larves ?


Le Taon. On disait aussi "tavan" dans le Haut-Jura des années 50. Petits ou gros, ils étaient opiniâtres pour venir nous piquer. Mais aussi assez faciles à attraper. Et notre vengeance manquait d'élégance... Délicatement tenus entre le pouce et l'index, on leur enfilait par l'arrière une herbe plus ou moins longue ou touffue selon leur grosseur. Il suffisait de prendre le brin d'herbe, le taon battait des ailes frénétiquement, on lâchait et on admirait le vol lourd de ce que l'on appelait alors notre "bombardier" !


Le Têtard. La "boutasse" de la maison de famille du Mont Pilat était pleine de têtards à divers stades de leur métamorphose. C'est surtout quand leurs pattes de devant commençaient à pousser qu'ils nous intéressaient. Plus tard, lorsque leur queue disparaissait, ils étaient moins jolis. Devenus de petites grenouilles sautant dans les herbes, nous aimions les attraper et les garder dans nos mains quelques instants. Sans leur faire de mal.


La Vache. On accompagnait notre cousin jurassien dans les champs pour garder les vaches. On disait d'ailleurs : "on va en champs les vaches", rendant transitif le verbe aller. Et en repartant, pour regrouper le troupeau, on imitait notre cousin en psalmodiant "Allé Noza". Et les vaches comprenaient "Allons nous-en" ! Au retour, nos cousins trayaient les bêtes avant d'aller porter le lait au chalet. Et on avait droit à un verre de lait mousseux et tiède dont j'ai encore le goût dans la bouche.


Le Ver à soie. J'ai de vagues souvenirs de vers à soie dans le Maroc de ma prime jeunesse. Je les ai retrouvés quand ma fille était à l'école primaire. Des oeufs avaient éclos, on ramenait force feuilles de mûrier pour les nourrir et nous avons pû admirer les vers devenus gros et gras former leur cocon.


S'agissant de ma fille, je terminerai avec Le Cloporte ! Celui que nous lui sortîmes de la bouche alors qu'elle jouait à l'âge de 2 ans sur la terrasse devant notre appartement à Austin (Texas). Tout ceci pour dire que si les enfants d'aujourd'hui étaient plus confrontés à la nature, même boueuse et sale, et aux animaux, éventuellement hostiles, peut-être auraient-ils moins d'allergies et résisteraient-ils mieux aux gastros de maintenant !
Un bémol tout de même : nous, c'étaient les poux, les oxyures et le ténia !!! Et donc la Marie-Rose et le Vermifuge Lune...

vendredi 16 janvier 2009

Bestiaire d'antan (1)

A regarder mes petits-enfants, j'ai l'impression qu'ils acquièrent une connaissance du monde animal toute différente de la notre à 60 ans de distance, du fait d'un environnement urbanisé pour l'immense majorité d'entre eux. Parfois, les animaux leur sont certes familiers s'ils ont un chat ou un chien à la maison, mais ils le sont surtout par les dessins animés et les livres d'histoires. Et donc dans ces derniers cas d'une manière caricaturale et désincarnée.
C'est ce que je me disais en les regardant, et j'ai essayé de me remémorer les animaux qui ont peuplé mon enfance. En voici quelques uns qui me reviennent à l'esprit, par ordre alphabétique :

Le Goujon.
Pendant les vacances dans l'Aveyron nous pêchions dans un ruisseau au nom évocateur : le Merdarier... L'exploit consistait à attraper des goujons, nous les mettions alors dans un bocal pour admirer leurs moustaches. Quelques heures après, c'est leur ventre en l'air qu'ils nous montraient...


Le Grillon. Nous nous amusions parfois, dans les prés, à faire sortir un grillon
de sa cachette. Un trou de grillon est assez facile à trouver dans un champ récemment fauché. Il faut prendre une herbe, l'introduire de quelques centimètres dans le trou et de la faire tourner dans un sens et un autre pendant quelques secondes. Souvent, on voyait alors le grillon sortir ; on hésitait quand même à tenter de prendre dans notre main un insecte certes sympathique mais dont la couleur noire et brillante nous effrayait un peu.

Le Hanneton. On ne trouve pratiquement plus ce coléoptère sous nos lattitudes, les produits chimiques n'y sont probablement pas pour rien. J'avais 6 ans alors et nous aimions en prendre un, le mettre dans une boîte d'allumettes puis, une fois en classe, le sortir, le mettre sur une règle verticale sur laquelle il montait. Arrivé en haut il s'envolait de son vol lourd et bruyant du plus bel effet. Il fallait éviter de se faire prendre, évidemment.


Le Lapin. Pas de grand mystère ici. Mais le souvenir de mon père préparant un lapin pour le civet du lendemain pendant nos vacances dans le Jura. On nous épargnait la mort et la saignée d'un animal que nous avions vu précédemment manger herbes et carottes. Mais j'observais avec attention la manière dont mon père enlevait la peau de ce lapin. En commençant par les pattes arrière, puis en tirant progressivement vers le bas de la carcasse suspendue contre la porte de la remise. Le point délicat était l'ouverture du ventre de la bête, souvent la vessie éventrée faisait gicler l'urine. A la fin, la peau séchait longuement avant d'être laissée pour quelques pièces à un "pâtis", sorte de colporteur qui les récupérait.

La Poule. Juste un souvenir dans le Mont Pilat d'après-guerre : celui d'un amusement des paysans d'alors avec ce genre de bestiole. Ils en prenaient une, lui tenaient la tête en maintenant leur bec par terre. Et avec une craie, ils tiraient un trait à partir du bec posé au sol. La poule une fois lâchée ne bronchait pas, restait une dizaine de secondes dans cette position, probablement hypnotisée. Puis s'en allait légèrement groggy. Et tout le monde de bien rigoler.

La suite ici...

jeudi 4 décembre 2008

Le pull-over rouge

J'ai revu récemment mon ami Michel 44 ans après notre sortie des Mines de Saint-Etienne. C'était en Bourgogne chez mon ami Jean-Pierre bien connu de mes lecteurs 1 2. Mais Michel fait de la provocation. Il m'écrit :

" J'ai cliqué sur le lien "blog de JCC" comme invité à la fin du message, maintenant que grâce à ta science, je suis devenu un initié et je m'attendais à voir en bonne place qq lignes sur l'évènement national de nos agapes dans la thébaïde de JP, point nenni ?? "
Je dérogerai donc à ma pratique de ne pas publier habituellement d'image de contemporains en vous proposant cette photo de notre ami Jean-Pierre :


La photo est mauvaise (buée sur l'objectif), à l'instar de son héros (Petit Châblis sur le sourire). Vous remarquerez en bas à gauche une magnifique déco en plastique style Archimboldo.
Quand nous nous sommes connus dans les années '60, Jean-Pierre était la réplique de Gaston Lagaffe : blue jean élimé, pull rouge trop grand, coiffure approximative, etc. Eh bien, le pull-over rouge que vous voyez est exactement celui qu'il portait il y a 45 ans !!! Un agrandissement du col pris dans une autre photo vous convaincra de sa vétusté :

Le blue jean par contre n'est pas vintage : son tour de taille de maintenant le lui interdirait...

Mise à jour du 5 décembre

Je reçois ce courriel de Jean-Pierre : "J'ai en vain tenté d'apporter un commentaire rectificatif, mais ton blog se refuse absolument à en tenir compte. Ça ne m'étonne pas ; tu as dû acheter ton logiciel en Corée du Nord.
Pour cette raison, et en vertu du droit de réponse qui a été accordé à tout citoyen sous le mandat de l'excellent président Giscard d'Estaing, je te prie d'insérer dans ton blog, en caractères de taille équivalente, et sur un fond de la couleur que je te laisse choisir (à part le rose, dont j'ai horreur pour les raisons que tu sais), le texte suivant.
"

Je ne peux qu'obtempérer...
DROIT DE RÉPONSE

La page intitulée "pull-over-rouge" contient de nombreuses erreurs et inexactitudes qui laissent présumer, chez le tenancier du dit blog, au mieux une inculture abyssale, au pire une mauvaise foi sidérale (et probablement une conjonction des deux). C'est ainsi que :
1°) l'objet d'art situé en bas à gauche de la photographie est constitué de plâtre moulé par les mains d'Arcimboldo (je peux confectionner autant de certificats d'authenticité que nécessaire). Toute créature exempte d'idiotie congénitale sait parfaitement que le plastique n'existait pas du temps d'Arcimboldo.
2°) le mot "Chablis" ne prend pas d'accent circonflexe sur le "a", sauf peut-être dans certaines publicités de revues gauche-caviar, car ça aide à la prononciation dans les dîners mondains rue de Solferino.
3°) le pull-over de Gaston Lagaffe a toujours été vert, et non pas rouge. Ce qui prouve qu'on acquiert une meilleur culture en privilégiant la lecture de Spirou à celle du Nouvel Obs.

C'est tout pour aujourd'hui



C'est exact, le pull est vert.

Mais j'avais oublié que Gaston Lagaffe fumait... Tu devrais moins fumer, Jean-Pierre !

lundi 20 octobre 2008

L'affaire de la Valteline


Nous avons tous le souvenir dans notre jeunesse d'un enseignant remarquable qui nous a marqué. Et aussi souvent celui d'un autre enseignant particulièrement mauvais.
Pour moi, l'excellent et le pitoyable furent tous deux professeurs d'histoire et géographie dans le secondaire, au Lycée Ampère, Annexe de Perrache à Lyon. Google Street qui vient d'arriver en France m'a permis de revoir l'Impasse Catelin au fond de laquelle se trouvait mon lycée.



Il me plait de constater qu'à quelques mètres de là se trouve immortalisé par Google ce graffiti tout à fait contemporain...


Le premier de ces enseignants qui m'ont marqué s'appelait Gaillard. Terriblement handicappé, une tête énorme sur le corps difforme d'un presque nain, obligé de marcher sur deux canes au prix d'efforts qui le faisaient tanguer, il ne suscitait aucune pitié car son autorité naturelle et l'excellence de son enseignement inspiraient un "total respect", comme disent les jeunes d'aujourd'hui. Ses cours étaient passionnants, l'écoute attentive ; et si quelqu'un s'avisait d'être distrait, il avait le chic pour lui lancer un bout de craie à travers la classe, et il se loupait rarement quelle que soit la distance. Quand il quittait le lycée, il se débrouillait pour grimper dans sa 203 Peugeot spécialement adaptée pour lui. Ses jambes étant trop courtes, toutes les commandes étaient ramenées au volant. Et il partait sans mollir.

A l'opposé, j'eu l'année d'après un autre professeur d'histoire et géographie, dont je ne me rappelle pas le nom. Soporifique comme ce n'est pas possible, il était réputé pour poser toujours les mêmes examens. Il suffisait donc de préparer 3 ou 4 sujets, et comme le cours était barbant, on s'occupait en faisant autre chose. Son sujet d'examen favori était "L'affaire de la Valteline" et grosso modo, cette question tombait statistiquement une fois sur deux. Pour ceux qui ne le sauraient pas, la Valteline est la haute vallée de l'Adda, située en Italie à la frontière de l'Autriche. Le Mallet-Isaac de mon époque ne consacrait pas plus de 3 lignes à ce détail de l'histoire de France. Je n'ai trouvé que 24 références dans Google qui évoquent de très loin cette affaire, la plus complète donne l'explication suivante :

" La première crise qu'eut à résoudre Louis XIII, à partir de 1621, concerna la Valteline, une vallée alpine d'Italie qui constituait un lieu de passage stratégique entre les possessions espagnoles du Milanais et celles des Habsbourg de Vienne. La Ligue de Paris réunit la France, Venise et la Savoie, qui cherchaient à mettre fin aux prétentions des Habsbourg comme du pape à contrôler la vallée. Après l'échec de manoeuvres diplomatiques rendues complexes par la multiplicité des enjeux, y compris religieux, le coup de force d'Annibal d'Estrées, marquis de Coeuvres - le père d'une des maîtresses d'Henri IV, Gabrielle d'Estrées - chassa les troupes pontificales de la vallée (1625) et aboutit au traité de Monçon (1626), par lequel l'Espagne s'engageait à respecter l'indépendance de la Valteline. "

Cette année-là, à l'examen, j'ai eu le sujet suivant : "L'affaire de la Valteline". J'avais une heure pour traiter le sujet, j'en ai écrit 4 pages, j'ai eu une note correcte.

Références :
MEMO, le site de l'histoire, http://www.memo.fr.
Google Street : http://maps.google.com

mercredi 15 octobre 2008

Pétaloup (3)

Passées les années d'après-guerre, il me faut attendre 1958 pour retrouver d'autres souvenirs de Pétaloup que ceux évoqués ici. C'était l'année de mon bac, et nous avions décidé avec un voisin à la Croix Rousse à Lyon d'aller y préparer l'examen. Nous y avons passé une dizaine de jours studieux de révisions entrecoupées de balades vers le village pour les commissions.

On y trouvait encore ce pain de seigle rond à la croûte noire et épaisse, il restait frais plusieurs jours. Nous allions aussi à La Chapelle voir mon cousin Claudius - que l'on prononçait Glaudius avec un G - et mon copain Pierre s'amusait à lui raconter des histoires salaces.

Par la suite, étant à l'Ecole des Mines à Saint Etienne, j'avais emprunté la clef de Pétaloup à mon oncle Pierre et j'y étais remonté avec une fiancée de l'époque. C'était une journée froide et humide, nous avions dû marcher sur le chemin trop boueux pour ma 2CV de l'époque. Et un bon feu en arrivant avait été le bienvenu.

C'était en 1961, et ce n'est qu'en 67 que j'y suis revenu avec ma future femme à qui je voulais montrer le berceau des Courbon. L'examen de passage ne fut pas gagné d'avance !
Nous sommes passés voir mes cousins Barrière à La Chapelle. Le Glaudius évoqué ci-dessus dont le bac de lièvre rendait la diction encore plus laborieuse. Nous sommes aussi allés voir son frère Jean, qui était marié et père d'une fillette nouvelle-née. Je me souviens des chiens aboyant après nous malgré les cris de rappel des cousins, des cochons et des poules alentour, de cette maison au sol en terre battue, du fusil accroché au revers de la porte d'entrée, de ce vin de l'Ardèche violacé que nous bûmes.
Bien des années plus tard parut dans "L'Espoir", le journal local, un article intitulé "Le miraculé de La Chapelle". Il y était question d'un homme qui était au bénéfice d'une pension d'invalidité car, le dos cassé, il ne se déplaçait que difficilement, plié en deux. Et voilà-t'il pas qu'il venait de retrouver toute sa mobilité et qu'il se déplaçait maintenant sans aucune difficulté. Et le journal d'évoquer, ironiquement, une coïncidence avec l'âge de la retraite qu'il venait d'atteindre ! Je ne sais lequel de mes deux cousins n'a même pas eu besoin d'aller à Lourdes pour recouvrer la santé...

Un autre saut dans le temps et nous voilà dans les années 90. Nous avions alors logé au Château de Bobigneux, une chambre d'hôtes que je ne peux que recommander[1]. Nous avions trouvé de magnifiques bolets autour de la maison, nous les avons ramenés dans notre chambre, nettoyés, coupés et nous avons commencé à les faire sécher. Par acquis de conscience, j'en ai goûté un cru, comme on le ferait pour un Carpaccio de cêpes. Horreur, ils avaient un goût amer insupportable ! Toute notre belle récolte partit donc à la poubelle, sous les sourires goguenards des gens qui nous dirent que l'on avait à faire à des "bolets amers" ou "bolets des Pins". A cette occasion, nous avions trouvé une maison en très piteux état. Porte enfoncée, ouverte à tous vents, elle semblait un abris pour les skieurs de fond qui suivaient la piste indiquée par des panneaux cloués aux arbres à côté. Des détritus partout et un plancher défoncé qui rendait la circulation malaisée.
C'est à cette occasion que j'avais trouvé et ramené cette plaque tombale que j'ai évoquée dans un ancien billet. La maison de Pétaloup a longtemps été dans l'indivision entre les héritiers de mon arrière grand-père Jean-Pierre, que l'on appelait parait-il "L'Ours de Pétaloup". A la vue de la photo ci-contre, on comprend un peu ce surnom. Il faut dire que son épouse Françoise Croze était morte à l'âge de 28 ans et qu'il lui avait survécu seul dans cette maison jusqu'à 68 ans.
Mon grand-père Gabriel qui habitait rue Arago à St Etienne était celui des héritiers qui s'occupait de cette maison, avec mon oncle Pierre qui vivait à côté. Ma grand-tante Marguerite était elle à Lyon, tandis que l'autre frère, Charles-Joseph, mort au début de la guerre en 1914 n'avait qu'un fils, Jean, qui avait été élevé par sa tante Marguerite, et qui vivait à Paris. C'est donc mon oncle Pierre, auquel ses frères avaient laissé leur part, qui entretenait et occupait habituellement Pétaloup. Ma cousine Annie y était très attachée. Notre cousin Jean ayant les 2/3 de l'héritage - sa tante Marguerite lui ayant laissé sa part à sa mort -, mon oncle Pierre ne put payer le rachat des parts et, la mort dans l'âme, il lui vendit la sienne. Sans occupant pour l'entretenir, la maison de Pétaloup commença à se dégrader pour aboutir à la presque ruine que nous venions de visiter.
En définitive, la maison fut vendue (l'aurais-je su que j'aurais volontiers proposé de l'acquérir...) à un couple dont le mari, maçon de son état, la retapa de fort belle manière. Puis elle fut encore revendue, encore améliorée. Ci-dessous un pêle-mêle des photos des occupants que j'avais prises dans un blog publié par ces derniers, mais maintenant disparu.

[1] Le Château de Bobigneux, 42220 Saint Sauveur en Rue 04 77 39 24 33