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vendredi 24 avril 2009

A la Gemäldegalerie de Dresde

Le musée de peintures de Dresde possède lui aussi des oeuvres célèbres, malheureusement moins bien présentées qu'à Berlin, avec un éclairage peu satisfaisant.
Parmi les tableaux que nous avaient commentés Pierre M. dans le cours sur "Venise au XVIème siècle", j'ai pû voir tout d'abord "La Délivrance d'Arsinoe" du Tintoret :


Voici une copie de mes notes de cours de l'année dernière :


Mais le plus beau tableau fut à l'évidence cette Vénus de Giorgione (terminée probablement par Titien) :


J'ajoute deux détails du tableau :

 



ainsi que ce "Portrait de Jeune Homme", également de Giorgione, provenant de la Gemäldegalerie de Berlin mais que j'ai gardé pour ce billet. Contrairement à Tintoret ci-dessus, les tableaux de Giorgione sont peu nombreux.




Et pour terminer, un petit bonus ! Je n'ai pas encore étudié les peintres flamands, les Rubens et autres (à part Rembrandt), nombreux à Dresde, me laissent pour l'instant assez froids. J'attends donc que Pierre M. me convainque... Mais en attendant, j'ai craqué pour ce triptyque de Van Eyck dont je vous livre ce charmant détail.

jeudi 16 avril 2009

A la Gemäldegalerie de Berlin

Onze jours entre Berlin et Dresde, c'est l'occasion de voir en vraie grandeur de magnifiques tableaux que nous a commentés Pierre M. en cours d'Histoire de l'Art. Je commence par le Musée de Peinture de Berlin avec "L'Annonciation" de Pollaiuolo dont je parlais ici :



D'Antonio del Pollaiuolo, le frère du précédent, ce portrait de femme :


Voici ensuite le "Saint Sébastien" de Botticelli, avec un détail qui nous avait été signalé, celui des archers revenant du "travail", l'un d'entre eux s'amusant à tirer sur un héron dans l'arbre au-dessus de lui.


Du même Botticelli, un portrait (mortuaire ?) de Julien de Médicis :


On peut légitimement lui préférer cette Vénus :





ou ces anges cotoyant une Madone :

Bref, que des chefs d'oeuvre que nous avait décrits Pierre M.
A qui nous avons ramené le catalogue d'une exposition Van der Weyden auquel il fait souvent référence.

samedi 14 mars 2009

Castello della Manta

Le Château de la Manta se trouve dans l'ancien Marquisat de Salusses, enclave piémontaise dans le Duché de Savoie. Au début du XVème siècle, sous l'impulsion de Valerano de Saluzzo, il fut richement décoré de fresques. Celles du grand salon sont particulièrement belles et bien conservées, elles sont dues à un artiste anonyme et datent de 1420 à peu près.


Le mur de gauche du salon représente un Bain de Jouvence, tandis que figurent à droite "9 Preux" et "9 Preuses".



J'ai fait une petite vidéo à partir de brochures prises au château et de photos de Jean-Louis J.

mercredi 11 mars 2009

"Vierge à l'Enfant avec 6 Saints" de Botticelli

Sandro Botticelli (1445 Florence - 1510 Florence) peignit cette "Sainte Conversation" vers 1470, c'est une peinture sur bois (170x194) qui se trouvait sur l'autel de l'église Sant'Ambrogio à Florence. Elle est maintenant au Musée des Offices de Florence. Elle est l'occasion de voir l'évolution de la peinture religieuse sur moins d'un siècle débouchant sur la Renaissance.


De gauche à droite, on voit Sainte Marie-Madeleine et son flacon à onguents, Saint Jean-Baptiste, Saint François d'Assise et Sainte Catherine d'Alexandrie avec la roue qui fut son supplice. Et devant la Vierge, Côme et Damien, saints patrons des pharmaciens et des médecins, et donc des Médicis.
Notre professeur d'Histoire de l'Art préféré, Pierre M., nous a menés par la main dans la découverte de ce tableau. Côme nous regarde et il nous invite à entrer dans cette Sainte Conversation en passant d'abord par Marie-Madeleine, puis à Jean-Baptiste qui, de sa main, nous montre la Vierge et l'Enfant sur lesquels le regard se porte. Les yeux vont alors vers les deux personnages de droite, et ce parcours circulaire se termine avec Catherine d'Alexandrie dont le regard se pause pour finir sur le spectateur. La tristesse de cette dernière est-elle un présage de la passion du Christ ?
La scène se déroule dans une pièce aristocratique, l'ombre portée de Côme sur le sol et celle sur le marbre qui entoure la Vierge suggèrent une pièce de grande hauteur. Une étude attentive révèle que chaque personnage apparaît dans un cadre que dessine l'architecture de la pièce : on se retrouve donc un peu dans un polyptique dont les panneaux articulés auraient été regroupés au sein d'un seul tableau. Le polyptique de l'art religieux du XIVème siècle laisse la place à la "pala" de la Renaissance...
C'est ce qu'illustre la séquence qui suit de "Saintes Conversations" que Pierre M. nous fit découvrir.

En commençant par ce triptyque de la fin du XIVème siècle due au Maître de Santa Verdiana, caractéristique des oeuvres médiévales et gothiques.

Tommaso del Mazza, (dit Le Maître de Santa Verdiana), "Vierge à l'Enfant Entourée de 8 Anges", fin du XIVème, Musée du Petit Palais Avignon.

Un fond doré qui annule toute perspective, des visages stétéotypés, des personnages dont la grandeur est proportionnelle à l'importance, une juxtaposition des panneaux.

Avec Masaccio (1401-1428), nous sommes encore avec un triptyque, la Vierge est le plus grand des personnages, l'or est encore présent :

Masaccio, "Triptyque de Saint Juvénal", 1422, Cascia di Regello, Florence.

Mais un début de perspective fait son apparition. Ici un peu malhabile, en "arêtes de poisson" : on distingue des diagonales parallèles sur le fond sombre du bas. Elles ont la direction des côtés du trone de la Vierge. Les visages restent conventionnels, mais ils s'humanisent.

Vingt ans plus tard encore, Fra Angelico (1400-1455) propose désormais une "pala" de grandes dimensions (220x227) où l'on trouve Côme et Damien dans la pause que reprendra Botticelli.

Fra Angelico, "Vierge à l'Enfant avec des Saints", 1438-40, Musée San Marco, Florence.

La composition est plus élaborée. Un tapis nous invite à entrer dans la toile, une vaste pièce laisse voir à l'arrière un paysage. La perspective n'est pas tout à fait rigoureuse, mais bien présente.

Avec Filippo Lippi (1406-1469), l'Antiquité, objet de recherche de la Renaissance, fait son entrée.

Filippo Lippi, "La Pala Barbadori", 1437, Musée du Louvre, Paris.

Dans cette Pala Barbadori, l'architecture du lieu prend une place importante. Les visages sont individualisés, et l'on sait combien sont beaux les visages peints par Lippi.

Chez Domenico Veneziano (1410-1461), on atteint le raffinement extrême :

Domenico Veneziano, "Rétable de Sainte Lucie", 1445, Palais des Offices, Florence.

Une perspective très étudiée sur un sol créant un large espace où se meuvent avec aisance les 4 saints, une architecture révélant une profondeur savamment construite, il y a de la virtuosité au service d'une très belle Sainte Conversation.
Et si vous me demandez quelle toile je préfère, de Botticelli ou de Domenico Veneziano, c'est pour ce dernier que je pencherai. Et pas seulement parce qu'il est (serait) né à Venise...

lundi 23 février 2009

Eliasson & Koundouno

Une escapade piémontaise la semaine dernière avec notre professeur Pierre M. de l'UIAD nous a amenés à Sant' Antonio di Ranverso, Turin, Saluzzo, Manta et Rivoli. Où nous avons vu des oeuvres du XIVème au XXIème siècle.

C'est une oeuvre toute récente que je vous présente ici, proposée par Olafur Eliasson, un artiste danois. Elle se trouve dans le Château de Rivoli, transformé en Musée d'Art Contemporain . Dans une très grande salle voûtée sans lumière se trouvent deux projecteurs dirigés vers des anneaux de plastique translucide et coloré, suspendus tels des mobiles à de longs pendules. Un jeu de miroirs réfléchit sur les murs et la voûte des cercles de dimension et couleurs variées qui se déplacent à différentes vitesses au gré du mouvement très lent des anneaux suspendus. Le résultat, fascinant, dépend de la présence des spectateurs qui, même éloignés de l'immense installation, provoquent les mouvements d'air qui, même ténus, génèrent les oscillations des anneaux.

Cette vidéo donne une idée de ce que voit le spectateur, j'y ai ajouté des improvisations au violoncelle de l'excellent Olivier Koundouno.
" L'art d'Olafur Eliasson parle du temps et de l'espace de perception. Ses
oeuvres ne se suffisent pas à elles-même dans le sens usuel ; elles sont plutôt
des environnements dans l'attente de votre arrivée. Il est évident que toute
oeuvre d'art nécessite la présence d'un sujet qui la regarde. Mais dans le cas
d'Eliasson, la contribution d'un spectateur actif est si centrale dans son
travail que l'on peut dire que c'est cette acitvité-là qui en est le sujet.
Dans cette nouvelle installation spécialement pour le Musée du Château de
Rivoli - mettant en mouvement 2 jeux de miroirs, anneaux, lampes et filtres
colorés -, il a créé une oeuvre sur le temps dans le sens tant subjectif que
cosmologique.
Une oeuvre qui parle de VOUS et de VOTRE relation au temps.

Le soleil n'a pas d'argent, 2008
."

dimanche 15 février 2009

"L'Annonciation" de Piero del Pollaiuolo

C'est d'un tableau improbable que nous a entretenus en janvier notre professeur Pierre M. Il s'agit de l'Annonciation de Piero del Pollaiuolo (1443 Florence - 1496 Rome), qui se trouve au musée de Berlin. Moins connu que son frère Antonio (1431 Florence - 1498 Rome), il faisait partie de l'atelier des deux frères, qui travaillèrent beaucoup pour les Médicis : orfèvreries, gravures, sculptures et tableaux.
D'assez grandes dimensions - 1,50 sur 1,74 mètre de largeur -, il fut peint vers 1470, c'était une commande des Médicis.


Cette Annonciation est assez classique, l'Archange à gauche séparé de la Vierge par une cloison ; il porte le lys, symbole de virginité tandis que Marie a les mains croisées sur la poitrine, expression d'humilité et de soumission à la volonté divine. Par contre, on ne trouve pas de colombe la surplombant, ni de Christ avec la croix sur l'épaule. Plutôt à l'attention des "pauvres", ces symboles sont inutiles pour les gens cultivés que sont les Médicis.
Mais d'autres symboles, plus sophistiqués dans leur interprétation, fourmillent dans ce tableau. Les colonnes tout d'abord, rouges et blanches. Colonnes exprimant la "rectitude" de la foi, colonnes des Apôtres qui se trouvent entre le sol et le Ciel. Elles alternent le blanc et le rouge : le pur et le maculé, le linge et la plaie, le pain azyme et le vin, le drap et le sang de la mariée. En bref, l'Incarnation.

Il s'agit d'une scène "aulique" (c'est-à-dire "de palais" comme nous l'a précisé - ce n'était pas inutile ! - notre professeur), et on imagine que ce palais est l'un de ceux que possèdent les Médicis. A droite une belle salle de réception, richement décorée avec des meubles luxueux, presque flamands. Cette salle ouvre sur une sorte de balcon que l'on devine dans une perspective d'ailleurs approximative.

Et au-delà, un paysage dessiné avec précision, à la manière des peintres flamands de ce XVème siècle. On pense que c'est Antonio, le frère plus doué de Piero,qui l'aurait peint.
On y reconnait Florence au bout des méandres de l'Arno, on distingue bien le Duomo. On est probablement sur les hauteurs de Fiesole, justement là ou se trouvait un des palais des Médecis, celui que l'on considérait comme le plus beau.


Alors, Nazareth devenue Florence ? La Terre Sainte en Toscane ? Le faisan posé sur la balustrade comme symbole d'éternité : longue vie aux Médicis ?...

Oui, pour une trentaine d'années encore !

dimanche 14 décembre 2008

Le tombeau des Médicis

Le cours d'Histoire de l'Art que je suis cette année porte sur "Florence à la fin du XVème siècle", toujours animé par le sémillant Pierre M. Je vous avais déjà parlé de ce que j'avais appris sur "L'Amour Sacré et l'Amour Profane" du Titien ici, je reprendrai aujourd'hui mes notes de cours sur une oeuvre plus austère, celle du "Tombeau des Médicis" de Verrocchio.

Andrea del Verrocchio (1435 Florence - 1488 Venise) était à la tête d'un atelier réputé à Florence - Léonard de Vinci y fit ses premières armes - et il fut lui-même tant orfèvre que sculpteur et peintre. Travaillant beaucoup pour les Médicis, il réalisa vers 1472 ce tombeau à la demande de Laurent le Magnifique pour honorer son père Pierre (+1469) et son oncle Jean (+1463). Cette sculpture se trouve dans l'église San Lorenzo de Florence, entre la vieille sacristie et la chapelle des Médicis (Côme et Damien) .


Il a fallu beaucoup de talent à Pierre M. pour me faire apprécier une oeuvre qui a priori, pour l'ignare que je suis, avait peu de chances de retenir mon attention. Pourtant, cette sculpture est remarquable à beaucoup d'égards.

Tout d'abord, ce que l'on remarque immédiatement, c'est le mélange des matériaux employés : marbre de Carrare et "pietra serena" associés au porphyre, à la serpentine et au bronze. Verrocchio fut pratiquement le premier à réaliser des oeuvres comportant une telle association. Le soin apporté par l'artiste aux ajouts de bronze témoignent de ses talents d'orfèvre. Il innova également comme sculpteur, de même que Donatello un peu avant, en soulignant le fait qu'une sculpture ne devait pas être vue seulement de face, mais appréciée, et donc conçue, pour un regard qui en ferait le tour. On en a un exemple ici, le tombeau imaginé n'est plus dans une niche, ou contre un mur, mais bien visible des deux côtés du mur séparant sachristie et chapelle.

La grille en bronze de séparation entre parties publique et privée serait-elle celle d'un confessionnal ? Et les Florentins viendraient-ils écouter (voir) derrière elle ce que leur disent (montrent) les Médicis ? Regardons donc...

La guirlande végétale d'encadrement du passage entre les chapelles et la somptuosité des feuilles d'acanthe en bronze aux coins du tombeau symbolisent l'éclosion d'une nouvelle ère de prospérité, grâce en soit rendue aux Médicis...
Les cornes d'abondance ne sont-elles pas l'expression de la richesse que les Médicis apportent à Florence ?
Le tombeau est en forme de reliquaire, ce n'est pas un hasard car la recherche des reliques était importante à cette époque. Il suggère donc l'idée des Médicis comme des "saints laïcs", voire des martyres : l'un d'entre eux ne fut-il pas assassiné lors de la conjuration des Pazzi ?

Le socle sur lequel repose le tombeau nous en dit un peu plus sur la famille :

Les Médicis ne faisaient pas partie de l'aristocratie florentine. Devenus riches dans le commerce et comme banquiers, leurs ancêtres étaient médecins, comme l'indique leur patronyme. Aussi l'inscription "PATRI PATRUO QUE" ("Pères de la Patrie") vise à les élever au tout premier rang.
Ce socle repose sur des tortues, emblème de Côme l'Ancien, le grand-père de Laurent le Magnifique.Festina lente" (hâte-toi lentement), lui qui, premier à accéder au pouvoir à Florence, y arriva en poussant ses pions avec la plus extrême prudence.

Ces tortues font aussi référence à sa devise, "
Le diamant est aussi présent, c'est le symbole de Pierre, le père de Laurent le Magnifique.

Après avoir dit tout cela, on réalise que ce tombeau, dans cette église San Lorenzo, était dépourvu de tout signe religieux ! Etonnant ? Non, puisque en réalité ce que voulait faire les Médicis, c'était à l'évidence de la communication politique.

Mais cela avait alors un autre gueule que le "story-telling" dont nous abreuvent constamment nos gouvernants d'aujourd'hui...
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Images tirées de Web Gallery of Art et The Medici, Verrocchio and San Lorenzo

mercredi 29 octobre 2008

Cannaregio par Jacobo de Barbari

J'aime les plans et les cartes. J'aime Venise. Pas étonnant si j'aime les plans de Venise. Et tout particulièrement cette gravure sur bois datant de 1500 due à Jacobo de Barbari :


De dimensions respectables - 134 sur 282 centimètres - on en connait une vingtaine d'exemplaires de par le monde. A Venise, on peut en voir à la Querini Stampalia et au musée Correr qui conserve les 6 panneaux de bois originaux.



Cette gravure est d'une extrême précision, permettant de voir de minuscules détails. A titre d'exemple, cet extrait représentant Santa Maria dei Frari, tiré du site web de l'éditeur "Il Tridente". C'est depuis ce site que j'ai récupéré le plan du quartier (sestiere) de Cannaregio afin d'en faire une petite vidéo que je vous livre ici.


Je l'ai soumise à Lorenzo qui m'a fait l'honneur de la faire figurer sur son site, TraMeZziniMag.

vendredi 16 mai 2008

La clé de Saint Pierre


Devant l'impatience de mon ami Michel à prendre connaissance de mes promesses de grivoiseries artistiques (voir la fin de ce billet), j'en viens tout de suite à la fin de ma série sur "Les vaches qui pleurent"...

Tintoret, comme beaucoup de peintres vénitiens, a "son" église à Venise, c'est la Madonna del Orto. Située dans le quartier de Cannaregio, nous apprécions sa vue, malgré les antennes de télévision, depuis l'appartement que nous louons quand nous y allons.

Il y a peint des tableaux monumentaux, dont notamment cette "Présentation de la Vierge" qui au départ était constituée de deux panneaux contigus peints qui s'ouvraient pour dégager des volets d'orgues.

Maintenant, ces deux parties ont été recousues ensemble et forment un seul tableau.


Mais sur le revers de ces panneaux se trouvaient deux autres peintures qui apparaissaient lorsqu'ils étaient ouverts. En particulier cette "Vision de Saint Pierre" sur laquelle nous allons nous pencher...


Cette vision de Saint Pierre se trouvait donc derrière la moitié gauche du tableau tel qu'actuel, cette partie qui se trouve dans l'obscurité.

Rien de bien mystérieux sur ce Saint Pierre assis et incliné en arrière pour voir cette croix en train d'être retournée par des anges, vision de son futur martyre. De manière conventionnelle, Saint Pierre porte les clés symboles de sa charge. L'une en argent pour le royaume terrestre, l'autre en or est la clé du paradis.
Mais la manière dont cette clé en or du paradis est montrée est un peu moins conventionnelle, au moins aux dires de certains exégètes...
J'ai agrandi la partie où se trouve cette clé, et on se rend compte qu'il y a là quelque chose de "phallique" dans la disposition de cette clé entre les cuisses de Saint Pierre. Or la clé à la recherche de la serrure qui lui correspond est effectivement un thème de la littérature et la poésie érotiques.

Tout ceci ne serait que pure spéculation de personnes pleines de mauvais esprit à l'égard de ce très respectacle peintre. Si ce n'est qu'un détail sur la partie droite du grand tableau, en face de cette fameuse clé, semble donner raison à ces mécréants !

Saurez-vous déceler ce détail ?...

mardi 13 mai 2008

Les vaches qui pleurent (fin)

Nous en étions restés dans ce précédent billet - Les vaches qui pleurent (suite) - à l'interprétation néo-platonicienne du tableau du Titien intitulé "L"amour sacré, l'amour profane". La belle femme nue de gauche représentant l'amour "sacré", et celle assise à gauche l'amour "profane", tout le contraire de ce que je pensais initialement !


Mais derrière cette allégorie fort convenable, n'y aurait-il pas un propos plus ambigu ? Par exemple, ce bas-relief du monument sur lequel sont penchées ces deux femmes, que représente-t'il ?



On y voit un cheval difficilement maîtrisé ainsi qu'un homme allongé qui semble se faire fouetter, devant une femme nue en arrière-plan... Il semble bien qu'un troisième amour se cache ici, celui que l'on a appelé "l'amour bestial"...
Et l'ambiguité se prolonge quand on s'intéresse à certains détails du paysage derrière les deux femmes.


Qu'aperçoit-on de part et d'autre ? Un cavalier à l'assaut de la forteresse (la femme ?) d'un côté, deux autres cavaliers impétueux de l'autre ? Et ces lapins à droite et à gauche, dont l'un poursuivi par un renard ? Quand on sait ce que suggère ce "coniglio" en italien, ce "conil" en vieux français ? Dont Brassens disait qu'il "porte le même nom qu'une foule de gens"...

A l'évidence, il y a plusieurs niveaux de lecture d'un tel tableau. Et somme toute ma première interprétation, éloignée de toute considération érudite, n'est pas forcément à rejeter.

Mais revenons-en à mon propos du tout début : le plaisir dans la contemplation d'un tableau est-il dépendant de la connaissance que l'on a du peintre, de son style, de son époque ? Mon ami Charly déclare péremptoirement que seule compte l'émotion brute, primaire que l'on ressent à la vision et la contemplation d'une toile. Je le pensais aussi vaguement avant. Ce n'est plus le cas maintenant. Gloire en soit rendue à l'enseignement en Histoire de l'Art que nous prodigue Pierre M. A moi et aussi à pas mal de petites dames très friandes de ses remarques coquines quand il nous parle d'iconologie, et pas seulement d'iconographie.

Je me ferai donc un plaisir dans un prochain billet de vous faire profiter d'un commentaire égrillard qu'il nous fit d'une toile Ô combien respectable du très convenable Tintoret : "La présentation de la Vierge" dans l'église de la Madonna del Orto à Venise.

samedi 10 mai 2008

Les vaches qui pleurent (suite)

Dans un précédent billet (Les vaches qui pleurent), je vous avais laissé sur l'interrogation suivante : dans le tableau ci-dessous du Titien intitulé "L"amour sacré, l'amour profane", quelle femme représentait l'amour "profane", et laquelle l'amour "sacré"...


Bien évidemment, j'avais vu dans la belle femme nue de droite la représentation de l'amour profane, laissant à celle qui était assise, habillée et moins "sexy" le rôle de l'amour sacré.

Et bien évidemment, j'avais tout faux !

Car ce tableau de 1515 a été peint à l'époque de la Renaissance et du courant philosophique néo-platonicien. D'artisans jusqu'à la deuxième moitié du XVème siècle, les peintres deviennent des "artistes", recherchés par les gens éduqués au fait des discours et commentaires de l'époque, sur Platon notamment. Or que nous dit-on alors dans cette veine ? Que "le Beau suscite l'aspiration au Bien", que "l'Amour est désir de Beauté". Nous ne voyons pas l'âme, nous ne voyons donc pas sa beauté, mais nous voyons le corps qui est l'image de l'âme... La Beauté est donc le moyen de monter vers le Bien ; comme je ne peux voir Dieu, j'ai besoin de l'objectiver par l'image de la Beauté.
Incidemment, il y a là l'affirmation d'une différence avec le monde juif et musulman qui refusent l'image... De même que le mouvement contemporain vers la Réforme... L'image donc comme affirmation de Rome contre le schisme ? De Venise contre l'ottman qui la menace ? Fermons la parenthèse.
Et donc, c'est la Beauté nue, sans apprêts, qui incarne cet amour sacré qui nous élève vers Dieu, tandis que l'amour profane est représenté par cette femme qui porte des habits, symboles de l'artifice et de la séduction terrestre...
Et notre professeur de l'IUAD, Pierre, de nous évoquer les deux Vénus de l'Antiquité. La Vénus Anadyomène, "née de l'écume", nue et déjà adulte, éternellement vierge, fille d'Uranos et de Gaïa. Et la Vénus Pandemia, celle "de tout le monde", mère de Cupidon, tout à fait terrestre.

Alors que moi, un peu primaire, je voyais dans la femme de gauche bien habillée, posée, sérieuse l'incarnation de la femme "sacrée", attribuant à la belle femme nue, plus aguichante le rôle de la femme "profane". J'avais donc tout faux, n'est-ce pas ?...

Pas si vite ! Cela n'est pas si sûr. Nous examinerons de plus près ce tableau dans un prochain billet : derrière toutes les belles considérations précédentes des surprises nous y attendent... (c'est ici)

vendredi 2 mai 2008

Venise 4 : 7 chefs d'oeuvre

Je m'excuse par avance auprès des spécialistes qui pourront faire remarquer que j'enfonce des portes ouvertes...

Vittore Carpaccio : Saint Georges et le dragon (Scuola di San Giorgio degli Schiavoni)


Au nord-est de Saint Marc, cette scuola a des horaires très serrés, consultez votre guide avant d'y aller. Les autres tableaux de Carpaccio qui s'y trouvent sont très beaux.

Giovanni Bellini : Vierge à l'Enfant avec 2 saintes (Galerie de l'Académie)


D'autres très beaux Bellini à l'Accademia, ainsi qu'à la Fondation Querini Stampalia, dont celui-ci notamment.

Titien : L'assomption de la Vierge (Santa Maria Gloriosa dei Frari)





Une toile monumentale de près de 7 mètres de haut, qui fit la renommée du Titien âgé alors d'à peine 28 ans.

Dans l'église où il fut enterré à l'âge de 86 ans.

Et appréciez aussi cette magnifique Vierge à l'enfant de Bellini dans une chapelle à droite.



Tintoret : Crucifixion (Scuola Grande di San Rocco)


Au milieu de plus de 50 tableaux du Tintoret que recèle la Scuola San Rocco, cette cruxifixion impressionne particulièrement. Si Venise possède beaucoup de Tintoret, privilégier ceux de "son" église, la Madonna del Orto, avec cette présentation de la vierge en particulier.

Tullio Lombardo : Self-portrait (?) with his Wife in Ancient Guise (Galleria Franchetti, Ca' d'Oro)

Tout le monde admire la Ca' d'Oro en passant devant, peu de gens visitent l'excellent musée qui s'y trouve. Profitez-en pour apprécier paisiblement les belles oeuvres qu'il possède, dont cette sculpture. Et si Tullio Lombardo vous plaît, vous en retrouverez à San Francesco della Vigna, voir ci-dessous...




Paolo Veronese : Holy Family with Sts Anthony Abbot, Catherine and the Infant John the Baptist






Ce Véronèse-là est un prétexte pour vous inciter à vous arrêter à l'église de San Francesco della Vigna, sur l'agréable trajet qui vous amènera de San Giovanni e Paolo à l'entrée de l'Arsenal. Vous y verrez aussi un beau cloître, ainsi qu'un Bellini.









Giambattista Tiepolo : Rencontre d'Antoine et Cléopâtre (détail, Palazzo Labia)



Ce n'est que sur rendez-vous que l'on peut visiter cette salle du Palazzo Labia occupé maintenant par la Télévision. Les fresques "Rencontre d'Antoine et Cleopâtre" (ci-contre, détail) et "Le banquet de Cléopâtre" sont magnifiques. Et le reste en trompe-l'oeil également.






Source : Web Gallery of Art (http://www.wga.hu)