lundi 20 octobre 2008

L'affaire de la Valteline


Nous avons tous le souvenir dans notre jeunesse d'un enseignant remarquable qui nous a marqué. Et aussi souvent celui d'un autre enseignant particulièrement mauvais.
Pour moi, l'excellent et le pitoyable furent tous deux professeurs d'histoire et géographie dans le secondaire, au Lycée Ampère, Annexe de Perrache à Lyon. Google Street qui vient d'arriver en France m'a permis de revoir l'Impasse Catelin au fond de laquelle se trouvait mon lycée.



Il me plait de constater qu'à quelques mètres de là se trouve immortalisé par Google ce graffiti tout à fait contemporain...


Le premier de ces enseignants qui m'ont marqué s'appelait Gaillard. Terriblement handicappé, une tête énorme sur le corps difforme d'un presque nain, obligé de marcher sur deux canes au prix d'efforts qui le faisaient tanguer, il ne suscitait aucune pitié car son autorité naturelle et l'excellence de son enseignement inspiraient un "total respect", comme disent les jeunes d'aujourd'hui. Ses cours étaient passionnants, l'écoute attentive ; et si quelqu'un s'avisait d'être distrait, il avait le chic pour lui lancer un bout de craie à travers la classe, et il se loupait rarement quelle que soit la distance. Quand il quittait le lycée, il se débrouillait pour grimper dans sa 203 Peugeot spécialement adaptée pour lui. Ses jambes étant trop courtes, toutes les commandes étaient ramenées au volant. Et il partait sans mollir.

A l'opposé, j'eu l'année d'après un autre professeur d'histoire et géographie, dont je ne me rappelle pas le nom. Soporifique comme ce n'est pas possible, il était réputé pour poser toujours les mêmes examens. Il suffisait donc de préparer 3 ou 4 sujets, et comme le cours était barbant, on s'occupait en faisant autre chose. Son sujet d'examen favori était "L'affaire de la Valteline" et grosso modo, cette question tombait statistiquement une fois sur deux. Pour ceux qui ne le sauraient pas, la Valteline est la haute vallée de l'Adda, située en Italie à la frontière de l'Autriche. Le Mallet-Isaac de mon époque ne consacrait pas plus de 3 lignes à ce détail de l'histoire de France. Je n'ai trouvé que 24 références dans Google qui évoquent de très loin cette affaire, la plus complète donne l'explication suivante :

" La première crise qu'eut à résoudre Louis XIII, à partir de 1621, concerna la Valteline, une vallée alpine d'Italie qui constituait un lieu de passage stratégique entre les possessions espagnoles du Milanais et celles des Habsbourg de Vienne. La Ligue de Paris réunit la France, Venise et la Savoie, qui cherchaient à mettre fin aux prétentions des Habsbourg comme du pape à contrôler la vallée. Après l'échec de manoeuvres diplomatiques rendues complexes par la multiplicité des enjeux, y compris religieux, le coup de force d'Annibal d'Estrées, marquis de Coeuvres - le père d'une des maîtresses d'Henri IV, Gabrielle d'Estrées - chassa les troupes pontificales de la vallée (1625) et aboutit au traité de Monçon (1626), par lequel l'Espagne s'engageait à respecter l'indépendance de la Valteline. "

Cette année-là, à l'examen, j'ai eu le sujet suivant : "L'affaire de la Valteline". J'avais une heure pour traiter le sujet, j'en ai écrit 4 pages, j'ai eu une note correcte.

Références :
MEMO, le site de l'histoire, http://www.memo.fr.
Google Street : http://maps.google.com

2 commentaires:

Anonymous a dit…

De la part d'un capésien : grand merci ! Succinct mais clair. Impeccable.

Anonyme a dit…

Jean-Claude,
J'écris mes souvenirs et venais de compléter une entrée sur Monsieur Gaillard, qui a été le plus marquant et le préféré de mes professeurs, quand je me suis décidé à teper "Ampère Perrache Gaillard histoire géo" et que j'ai eu le plaisir de tomber sur votre "Valteline"- épisode que je ne connais pas, car j'ai eu la chance de ne connaître que notre Monsieur Gaillard...(je suis rentré en sixième en 1958.)
Et je découvre que j'avais décrit Monsieur Gaillard comme vous, presque mot pour mot, tant son souvenir reste présent.
Je n'avais pas mentionné les craies missiles, que j'avais oubliées, mais par contre j'ai développé le souvenir des "interrogations mitraillette", originalité que je n'ai connue depuis chez aucun autre prof. Pour moi, c'est lui qui avait inventé "Questions pour un champion", sauf que c'est lui qui appoyait sur le buzzer !
Cordialement vôtre, Pierre Ramel, ramel.pierre@neuf.fr